On te vend toujours la même image.
L’entrepreneur libre, l’ordinateur sur la plage, les pays qui défilent, la vie de rêve. Et c’est vrai, une partie de tout ça est réelle, je la vis. Mais il y a une facette qu’on ne montre jamais, parce qu’elle ne fait pas rêver et parce qu’on n’ose pas l’avouer.
Ce que ça coûte.
Je vais te le dire honnêtement, parce que j’en ai discuté récemment dans un podcast, et que ça m’a remué. Un ami envisage de partir vivre ailleurs, encore plus loin, pour un nouveau projet. Et quand j’ai imaginé être à sa place, quitter Maurice où je me sens si bien pour repartir de zéro, voici ce qui est sorti de ma bouche :
« Je serais terrifié. J’aurais la boule au ventre. »
Moi. Qui ai « réussi » mon pari d’expatriation. Qui suis censé être un modèle de liberté. La vérité, c’est qu’à chaque nouvelle étape, la peur est là. Et personne n’en parle.
Le vrai prix, ce n’est pas l’argent. C’est ce que tu laisses.
L’entrepreneuriat, ce n’est pas qu’une mécanique de business. C’est un choix de vie, et ce choix touche tout le reste. Tes relations. Ta famille. Tes repères.
Voici ce que j’ai fini par comprendre, et que j’assume désormais. Quand j’ai pensé à ce possible nouveau départ, à côté de la peur, il y avait autre chose. Une phrase paradoxale qui résume tout : « Je suis extrêmement content de ce que je perds. »
Lis-la deux fois. Content de ce que je perds. Pas « je ne perds rien ». Pas « il n’y a que du positif ». Non. J’accepte consciemment ce que j’abandonne, au lieu de faire semblant que c’est indolore.
Et c’est ça, le vrai déclic. Le courage, ce n’est pas de ne rien ressentir. C’est de regarder le prix en face et de le payer les yeux ouverts.
Parce que le discours ambiant sur la liberté entrepreneuriale est malhonnête sur un point. Il fait croire qu’il n’y a que des gains. Alors qu’il y a des choses qu’on laisse, et qui coûtent. Les amitiés qu’on entretient mal parce qu’on est loin. Les événements de vie qu’on rate. Le sentiment, parfois, d’être un étranger partout.
Je vais même te confier mes propres failles. J’ai du mal à envoyer des messages, à prendre des nouvelles de moi-même. Par contre, si tu m’appelles, si tu m’écris, je réponds toujours. Je fonctionne comme ça, un peu à l’américaine par moments, et c’est un vrai sujet pour moi. Je ne te le dis pas pour me justifier, mais pour que tu saches que même en assumant ce mode de vie, il y a des coins de toi que tu négliges.
Comment porter ce prix sans qu’il t’écrase
On ne peut pas supprimer le coût. Mais on peut le porter intelligemment. Voici comment je m’y prends.
1. N’attends pas de ne plus avoir peur.
C’est le piège numéro un. Tu crois qu’un jour la peur partira et que là, tu te lanceras. Elle ne partira pas. La « boule au ventre » coexiste avec l’envie sincère d’avancer. Les deux vivent ensemble. Attendre la disparition de la peur, c’est attendre toute ta vie.
2. Nomme ce que tu perds.
Ne le cache pas sous le tapis. Dis-toi clairement : « En partant, je perds ça, ça et ça. » Le nommer, c’est déjà l’apprivoiser, et c’est infiniment plus sain que de prétendre que l’aventure est sans coût relationnel.
3. Recrée activement du tissu social.
Quand tu débarques quelque part, tu arrives sans réseau. Il faut le reconstruire. À Maurice, pour moi et pour beaucoup, c’est le sport qui joue ce rôle. Le padel est devenu la colle sociale d’une vraie communauté, plusieurs milliers de Français installés ici depuis des années. Trouve ton « padel » à toi, l’activité qui te reconnecte à des humains.
D’ailleurs, j’ai un ami qui s’est blessé au genou et qui ne peut plus jouer. On sent que ça le rend malheureux, bien au-delà du sport. Parce que ce n’est pas qu’un loisir : c’est son lien au monde, ici. Ça montre à quel point ce tissu compte quand on est loin de chez soi.
4. Pense en cycles, pas en lignes droites.
Je vais avoir 30 ans, soit pile 10 ans d’entrepreneuriat depuis ma majorité. Et je crois profondément aux cycles : tous les 10 ans, on rebat les cartes, y compris son lieu de vie, son cercle, ses projets. Voir sa vie comme une succession de cycles, plutôt que comme une ligne qui devrait toujours monter, ça rend les grandes ruptures moins terrifiantes. Elles font partie du jeu.
Je veux finir par une confidence. Un jour, je suis parti en vacances sur une petite île, tout compris, sans internet. Le rêve, non ? Sauf que je me suis retrouvé à regarder des vidéos business sur la plage, incapable de « ne rien faire ». Et là j’ai compris quelque chose sur moi : le travail, pour moi, est devenu une sorte de loisir. Je ne pourrai jamais vraiment débrancher.
C’est peut-être ça, le vrai prix. Pas seulement ce qu’on laisse derrière soi, mais ce qu’on devient : quelqu’un qui ne sait plus s’arrêter.
Alors je te pose la question, et je veux vraiment ta réponse. Toi, qu’est-ce que tu serais prêt à perdre pour ta liberté ? Et qu’est-ce que tu ne sacrifierais jamais, à aucun prix ? Dis-le-moi en commentaire, ça m’intéresse énormément.
On a eu cette conversation sans filtre, à deux, sur la face cachée de la vie d’entrepreneur expatrié. On y va beaucoup plus loin que ce que je peux écrire ici. Si ça résonne en toi, l’échange complet est ici :
- Rémy




