On a reçu dans notre podcast Charlène Hemery, une ex-directrice des ressources humaines, devenue entrepreneuse. Un parcours très classique au départ : master, banque, ascension rapide. Manager au bout d’un an, directrice au bout d’un an et demi, une grosse équipe, la petite trentaine.
Et puis un jour, elle a tout quitté pour se lancer. Aujourd’hui, son entreprise a passé le million d’euros de chiffre d’affaires, et elle a refusé deux offres de rachat.
Ce que j’ai adoré dans notre conversation, c’est qu’elle ne raconte pas une histoire de coup de chance ou d’idée géniale. Elle raconte une méthode, une préparation, et une façon de dédramatiser la peur qui peut servir à absolument n’importe qui. Voilà ce que j’en retiens.
Le succès rapide qui n’en est pas un
Vue de l’extérieur, son histoire ressemble à un décollage éclair. La vérité, c’est l’inverse. Comme elle le dit très bien : « c’est les années derrière que tu avais en tant que salarié qui font que tu es très forte dans ton domaine, et donc le moment où il s’agit d’être à ton compte, tu sais déjà quoi faire ».
Autrement dit, son entreprise n’est pas partie de zéro. Elle est partie de dix ans d’expertise accumulée en tant que salariée. Sa spécialité, d’ailleurs, c’est ça : elle a pris les méthodes du marketing digital, celles qu’on utilise pour attirer des clients, et les a appliquées au recrutement pour attirer des candidats. Une compétence qu’elle n’aurait jamais eue sans son parcours en entreprise.
C’est important, parce que ça retourne complètement une croyance. Tes années de salariat ne sont pas du temps perdu avant de te lancer. C’est ton capital de départ. La question n’est pas « est-ce que je pars de rien ? », mais « qu’est-ce que je sais déjà faire mieux que la moyenne, et pour quoi des gens seraient prêts à payer ? ».
La méthode du pire scénario
C’est le passage qui m’a le plus parlé. Parce que la vraie raison qui empêche les gens de se lancer, ce n’est presque jamais le manque d’idée. C’est la peur.
Elle a une parade très concrète pour ça, ce qu’elle appelle la méthode du pire scénario. Au lieu de fuir la peur, elle la regarde en face et la pousse jusqu’au bout : « si ça se passe mal, quelles sont mes solutions ? ». Elle écrit le pire. Retourner à un job alimentaire. Faire de la restauration le temps de rebondir. Repartir vivre là où le coût de la vie est plus bas.
Et à chaque fois, la conclusion est la même : le pire scénario n’est jamais si terrible. On peut le nommer, on peut le gérer, on ne va pas mourir. Elle avait aussi un socle qui la rassurait, et là aussi elle est très honnête : elle vient d’un milieu modeste, elle a grandi en HLM, elle allait aux Restos du Cœur. Ce vécu ne l’a pas fragilisée, il l’a rendue solide. Elle savait au fond d’elle qu’elle avait déjà survécu à moins, donc qu’elle survivrait à ce « pire » là aussi.
La peur ne disparaît pas parce qu’on l’ignore. Elle disparaît parce qu’on regarde précisément ce qu’il y a derrière, et qu’on se rend compte que ce n’est pas si grave.
Creuser son puits avant d’avoir soif
Elle utilise une expression que j’ai trouvée parfaite : « dig your well before you’re thirsty », creuser son puits avant d’avoir soif.
Concrètement, elle n’a pas démissionné puis cherché comment faire. Elle a préparé le terrain pendant qu’elle était encore salariée. Elle avait déjà commencé à publier du contenu, à se rendre visible, à construire une audience, bien avant d’annoncer son départ. Le jour où elle a franchi le pas, elle avait déjà des milliers de personnes qui la suivaient. La transition a été nette : dernier jour de salariat, premier jour d’entrepreneur. Pas de grand vide entre les deux.
Elle a aussi négocié intelligemment sa sortie : un préavis long, un accord clair avec son employeur. Pas de rupture brutale, pas de pont brûlé. Elle a sécurisé le passage au lieu de sauter les yeux fermés.
Et une fois lancée, elle a fait un choix que je trouve courageux : ne jamais faire de prospection. Que de l’inbound, c’est-à-dire créer du contenu qui attire les bons clients à elle, plutôt que de courir après eux. C’est exactement ce qu’elle vend à ses propres clients aujourd’hui : arrêter d’aller chercher, commencer à attirer. Le tout en travaillant, au départ, jusqu’à 70 ou 80 heures par semaine, avant de structurer son entreprise pour qu’elle tourne sans elle.
Ce qui me frappe dans son histoire, ce n’est pas le million de chiffre d’affaires. C’est que rien n’a été laissé au hasard. Elle a préparé, sécurisé, anticipé le pire, et avancé quand même. C’est tout le contraire de l’image du « je plaque tout du jour au lendemain » qu’on romantise trop souvent.
Alors dis-moi honnêtement, en commentaire : qu’est-ce qui te retient vraiment de te lancer aujourd’hui ? La peur, le manque de préparation, ou autre chose ? Et si tu écrivais ton pire scénario là, maintenant, il ressemblerait à quoi ? Ça m’intéresse de savoir où tu en es.
Je l’ai reçue en entier dans un épisode, et elle détaille toute sa méthode et son parcours bien mieux que ce résumé. Si tu veux l’écouter, tu retrouves l’épisode complet ici :
- Rémy




