Tu connais ce moment.
Tu as lancé un projet. Tu y as mis du travail, beaucoup d’efforts. Et surtout, tu y as mis plus que ça : de l’espoir. Tu te disais que ça y est, c’était celui-là. Le projet qui allait enfin te permettre d’atteindre ton objectif.
Puis, quelques mois plus tard, tu regardes en arrière. « J’avais voulu faire ça. J’avais voulu lancer cette stratégie, cette activité. » Ça n’a pas marché. Ça n’est pas allé dans la direction que tu voulais.
Il faut arrêter.
Ce moment a un nom : le deuil de l’entrepreneur. Et je sais vraiment de quoi je parle.
Neuf projets sur dix ne marcheront pas
Commençons par la réalité, sans l’enrober.
Entreprendre, c’est avoir peut-être dix projets, dont un seul qui marche. Et donc neuf qui ne fonctionnent pas.
Laisser tomber un projet, ce n’est pas l’exception. C’est la majorité des cas.
Souvent, ça passe. Mais parfois, c’est différent. Parfois, tu t’es impliqué personnellement, émotionnellement. Ce n’était pas juste un projet, une stratégie ou une manière de voir ton business. C’était le tien. Et là, faire le deuil devient très difficile.
Ce que tu enterres, c’est aussi une image de toi
Pourquoi c’est si dur ? Parce que ça touche ton identité.
Quand tu fais le deuil d’un projet, tu touches à la perception que tu as de toi-même. Tu te dis que tu n’as pas réussi. Et donc : qu’est-ce qui ferait que tu réussirais le prochain ?
Ce doute-là persiste. Même quand tu as réussi des projets, même à haut niveau par rapport à tes ambitions, il revient.
« OK, je l’ai fait une fois. OK, deux fois. OK, trois fois. Mais est-ce que j’en suis encore capable ? Et si maintenant c’était différent ? Et si le monde avait évolué ? »
Ça arrive tout le temps.
Faire ce deuil, c’est faire une croix sur tous les efforts que tu as mis. Mais c’est surtout passer par l’une des phases du deuil : l’acceptation. Accepter que ce projet n’ira jamais au bout. Accepter que c’est terminé. Accepter que la vision que tu avais de ton business n’était pas la bonne.
Quand tu as embarqué d’autres personnes avec toi
Il y a un cas où c’est encore plus lourd.
Ça fait longtemps maintenant que je suis entrepreneur. Des projets, j’en ai eu. De l’espoir, j’en ai eu beaucoup. Et de l’espoir, j’en ai aussi transmis autour de moi, à mon équipe.
Quand tu mets des gens dans ton projet, le deuil est d’autant plus fort. Tu as l’impression de les avoir déçus. De ne pas avoir respecté ton engagement. Et tout ça ressort quand tu en parles à ta famille, à tes amis, à ton équipe.
Ce sont des moments qui ne sont pas faciles. Ce sont aussi des moments qui construisent. On les garde un peu au fond de soi, comme des échecs marquants, des décisions qui ont pu décevoir.
Ce que mon père m’a dit quand mon chien est mort
Il y a deux ans, l’un de mes chiens est mort.
Ce n’était pas le premier chien qu’on perdait dans la famille. Mais j’en ai parlé à mon père, et ce qu’il m’a dit m’est resté.
Oui, c’est dur de perdre un chien, un animal de compagnie, une personne de sa famille. Mais est-ce qu’on aurait voulu éviter cette douleur en se privant de toutes les années passées avec lui ? De tous ces moments vécus ensemble ?
Imagine qu’on te propose un deal. Tu ne ressens plus la douleur de perdre un proche. Plus de deuil, plus de souffrance. La contrepartie : tu n’as plus aucun souvenir de cette personne.
Bien sûr que non.
Tu préfères avoir mal et te souvenir de tout ce que vous avez vécu ensemble, plutôt que de tout perdre. Personne n’accepterait ce deal.
Pour un entrepreneur, c’est exactement pareil.
Tous les entrepreneurs galèrent. Tous. Et n’importe quel entrepreneur qui a des résultats, qui a développé un business et qui a vu un de ses projets échouer, te dira la même chose : pour rien au monde il n’aurait voulu faire différemment.
Un flop n’est jamais un projet perdu
Parce que quand tu regardes sur une très longue période, ce projet-là t’a amené autre chose. Qui t’a amené autre chose. Qui t’a amené autre chose encore.
Prends un exemple. Tu lances un projet qui fait complètement flop, mais qui t’apprend une compétence. Avec cette compétence, tu lances un deuxième projet. Lui aussi fait flop, mais il te fait rencontrer une personne. Et à la fin, tu lances un troisième projet dans lequel tu avais besoin de cette compétence et de cette personne.
Tu ne pouvais pas l’anticiper. Sans la compétence de départ, pas de rencontre. Sans la rencontre, pas de troisième projet.
Quand je demande à des entrepreneurs comment ils ont rencontré leur associé, comment ils sont arrivés dans leur domaine, c’est toujours pareil : des histoires complètement improbables.
Moi, je suis arrivé dans le business en ligne et les formations un peu par hasard. J’avais commencé dans l’e-commerce.
Récemment, j’en parlais avec un ami qui est dans le bâtiment. Je lui demandais : à quel moment tu te dis « tiens, je veux me lancer dans le bâtiment » ?
Sa réponse : il avait demandé une augmentation dans son travail. On la lui a refusée, sans aucun égard. Au même moment, un ami lui propose un job dans le bâtiment. Il se dit : allez, c’est parti. Il y reste deux ans. Il voit comment ça fonctionne, où il y a de l’argent, où il y a du business à faire. Et il se dit qu’il peut le faire lui aussi. Il a développé son business et il s’est expatrié à Maurice.
Sans ce refus, sans cette proposition, et sans son oui, rien de tout ça n’arrive.
Le travail crée le hasard
Il y a beaucoup de hasard là-dedans. Beaucoup de chance aussi : la bonne personne au bon moment. Des fois, j’en parle avec des amis et je me dis que c’est quand même fou, cet alignement des planètes.
Mais ces coups de chance arrivent parce que tu es là. Parce que tu es dans l’action. Parce que tu as tenté des projets. Parce que tu n’as pas eu peur de vivre ce deuil.
Le vrai problème, ce n’est pas l’échec. On sait tous, avant même de commencer, que ça fait mal d’échouer et d’accepter qu’il faut arrêter les frais. Beaucoup de gens n’ont pas envie de vivre ça. Alors ils ne font jamais rien.
Ce que je retiens (et que je vis encore régulièrement)
1. Accepte que le deuil fait partie du chemin. Si tu es ambitieux, tu vas le vivre, c’est sûr. Ce n’est pas facile, mais ça fait partie du truc. Moi-même, je le vis régulièrement.
2. Regarde chaque flop sur le long terme. Demande-toi ce qu’il t’a laissé : une compétence, une rencontre. C’est peut-être exactement ce dont ton prochain projet aura besoin.
3. Ne t’arrête jamais. Si tu continues d’avancer, tu arriveras à ton objectif tôt ou tard. Pas de la façon dont tu l’avais imaginé, ça c’est certain. Ce n’est jamais comme on l’imagine.
Personne n’échangerait ses souvenirs contre zéro douleur. Ne fais pas ce deal avec tes projets.
Je parle plus en détail de ce sujet en vidéo, tu peux la retrouver ici :
- Rémy




