On a reçu Roman Paillet dans notre podcast. Un investisseur, un formateur, quelqu’un qui vit de la bourse et qui en parle mieux que la plupart des gens que je connais. On a bu un verre de vin, on a parlé argent, bourse, immobilier, entrepreneuriat, pendant des heures.
Et à la fin, la conversation a basculé quelque part que je n’avais pas prévu. Vers un burn-out. Vers un drame. Et vers une vérité que je trouve beaucoup plus importante que tous les conseils d’investissement qu’on a pu se donner ce soir-là.
Je veux te raconter les deux. Parce que les deux vont ensemble.
L’argent, vu par quelqu’un qui le fait travailler
Roman a une manière très saine de voir l’investissement. Il cite Warren Buffett : « la diversification, c’est une protection contre l’ignorance ». Autrement dit, tu diversifies quand tu ne maîtrises pas. Et quand tu maîtrises vraiment un domaine, tu peux te permettre de concentrer.
Lui, son domaine, c’est la bourse. La plus grosse partie de son patrimoine y est placée, avec une réserve de cash à côté. Sa logique est simple : une action, ce n’est pas un ticket de loterie, c’est un droit sur les bénéfices d’une vraie entreprise. Il préfère miser sur les boîtes qui gagnent déjà plutôt que sur celles qui pourraient gagner un jour. Il prend l’exemple de Nokia, au sommet dans les années 2000, qui ne vaut presque plus rien aujourd’hui.
Il a aussi touché à l’immobilier, et il en parle sans filtre. Un studio acheté en région parisienne au moment où il partait vivre au Bénin, et la galère qui va avec : locataire parti, agence laxiste, bien vide pendant six mois. Un garage racheté à son père, avec une inondation, une porte cassée, quatre changements de propriétaire. Sa conclusion tient en une phrase : « l’immobilier, ce n’est pas passif ». C’est ça qui l’a séduit dans la bourse.
Et son plus grand regret ? Ne pas avoir commencé plus tôt. « Mon plus gros regret aujourd’hui, c’est d’avoir commencé en 2017 au lieu d’avoir commencé en 2012 ». Parce que le vrai moteur de la bourse, ce n’est pas le montant que tu investis, c’est le temps pendant lequel tu le laisses travailler.
Ce que le succès a coûté
Voilà pour la partie qu’on montre. Maintenant, la partie qu’on ne montre jamais.
Avant d’être investisseur, Roman a été consultant. Il vendait des prestations où il garantissait des dizaines de milliers d’euros de bénéfices à ses clients. Il a managé, il a eu des salariés, et il le dit lui-même, ça a été « une catastrophe absolue ». Fin 2018, il tombe. Burn-out. Il arrête ses clients. Il se retrouve, selon ses mots, « au fond de sa vie ». Et il part à Maurice pour se reconstruire.
Ce qui m’a marqué, c’est comment il explique ce burn-out. Pas par la charge de travail seule. Par une erreur plus profonde : « j’avais créé toute mon identité sur le business ». Quand tu es ton business, les mauvais résultats ne t’attristent pas, ils te détruisent. Un mauvais mois, et ce n’est pas ton entreprise qui va mal, c’est toi qui es une merde. Tu ne fais plus la différence.
Et il précise que l’effondrement a été multiple. Il est arrivé en même temps que la perte de sa mère, qu’une rupture, et qu’un business qui s’écroulait. Tout en même temps.
La confidence que je n’attendais pas
À un moment, Roman m’a confié quelque chose de très intime, avec beaucoup de pudeur. Sa mère s’est suicidée, après une dépression aggravée par plusieurs burn-out successifs. Et il en tire une conscience lucide de sa propre fragilité : il sait qu’il a, comme il dit, « un antécédent là-dessus », qu’il est quelqu’un de très passionné, qui vit des hauts et des bas intenses, et qu’il doit faire attention à ça toute sa vie.
Je ne vais pas en rajouter. Ce n’est pas mon rôle, et ce serait indécent. Mais je tenais à le rapporter, parce que Roman a eu le courage de le dire à voix haute, dans un monde où on ne montre que les courbes qui montent. Et parce que ça change complètement la manière d’entendre tout le reste.
Ce qu’il en retire, c’est l’importance vitale de la stabilité. « C’est hyper important d’avoir une stabilité, c’est ça aussi qui permet de penser long terme ». On ne construit pas un patrimoine, une entreprise, une vie, sur un socle qui tremble. La stabilité intérieure n’est pas un luxe qu’on s’offre une fois riche. C’est la condition pour le devenir sans se détruire.
Riche, et heureux
C’est là qu’on a fini la soirée. Sur cette idée toute simple, et pourtant si dure à intégrer : l’argent seul ne rend personne heureux.
Roman le formule à sa façon. Il connaît des gens qui ont tout, tous les millions, tout ce qu’il faut, et qui sont « malheureux comme des tombes ». Et à l’inverse, les gens vraiment heureux qu’il croise ont trouvé un travail qui les accomplit, une passion, un truc où « le plaisir est dans l’acte en soi et pas dans le résultat ».
Pour moi, c’est toute la différence. Tu peux passer ta vie à courir après le prochain palier, le prochain chiffre, la prochaine preuve que tu vaux quelque chose. Ou tu peux construire quelque chose qui te tient debout même les mauvais jours. L’objectif, ce n’est pas d’être riche. C’est d’être riche et heureux. Et ce n’est pas la même route.
Alors je te pose la question, et je veux vraiment ton avis. Toi, est-ce que tu as déjà lié ta valeur personnelle à tes résultats, au point de te sentir nul quand ton business va mal ? Et comment tu fais, ou comment tu ferais, pour t’en détacher ? Dis-le-moi en commentaire, je lis tout.
J’ai reçu Roman en entier dans un épisode de podcast, et cette conversation est encore plus forte à vivre en vidéo qu’à lire. Si tu veux entendre toute son histoire, de sa bouche, tu la retrouves ici :
- Rémy




