Hier, au restaurant avec des amis, je me suis retrouvé une fois de plus à parler du même sujet.
J’y reviens souvent ces temps-ci. Parce que j’ai l’impression d’avoir enfin compris quelque chose sur l’équilibre. Le vrai.
Je m’adresse surtout aux entrepreneurs. De ce que j’observe, ce sont eux qui ont le plus de mal à le trouver. Je sais de quoi je parle : j’étais le premier à ne pas en avoir du tout.
90 % business, et la certitude d’avoir raison
Pendant toute ma vie d’entrepreneur avant 2026, j’étais quasiment à 90 % sur le business. Toute mon énergie, toutes mes journées. Business, business, business.
Je me disais que celui qui met 90 % de son temps dans son business aura forcément plus de résultats.
Je pense que c’est faux.
Ça peut être vrai à court terme. C’est faux à long terme.
Le problème, c’est que le court terme se voit. Tu peux mesurer, te comparer. Le long terme, lui, est invisible. Dans 10 ou 15 ans, est-ce que je serai là où je voulais être, vu toute l’énergie que j’y ai mise ? Et si mon critère de succès a changé d’ici là, est-ce que je serai satisfait des choix qui m’y ont amené ?
Aujourd’hui, je pense que tout miser sur le business, ce n’est ni sain, ni efficace, ni tenable.
Pour être bien, j’ai besoin de quatre piliers. Un quart chacun. Et ils se soutiennent les uns les autres.
Pilier 1 : un business dont tu es fier
Je ne vais pas te dire d’arrêter de travailler. Au contraire. Je pense qu’on est faits pour travailler, pour créer, pour apporter une contribution. Je ne pourrais pas ne rien faire de mes journées.
L’argent, c’est la récompense, et même le critère de succès : si tu n’en gagnes pas, ton business n’a pas fonctionné. Mais tu ne le fais pas que pour ça. Tu le fais pour être bon, aider tes clients mieux que tes concurrents, te sentir utile. Et être fier quand on te demande ce que tu fais dans la vie.
Pilier 2 : un sport où tu veux performer
Pour moi, c’est le padel. Un sport espagnol qui se joue à quatre, deux contre deux, sur un terrain entouré de murs.
À Maurice, il y a une vraie culture du padel : des clubs, des tournois, des compétitions. Et comme c’est une île, on retrouve souvent les mêmes personnes. Le top 1 de Maurice, tu peux le croiser dans la même salle que toi. Le top 1 France, tu ne le vois jamais.
En 2026, pour la première fois, je me suis fixé des objectifs qui ne sont pas des objectifs de business. Mon but : atteindre la catégorie M250. Un niveau relativement élevé, mais atteignable par n’importe qui qui se motive.
Alors je prends des cours, j’ai un coach, on fait des tournois. J’y mets la même énergie et la même exigence que dans le business. Je ne veux pas juste être un mec sur le terrain. Je veux être le mec sur le terrain.
Et il y a deux choses que je n’avais pas vues venir.
La seule vraie déconnexion. Un entrepreneur pense à son business 24 heures sur 24. La nuit, au réveil, devant un film, au volant. Mais quand je suis en compétition et qu’il faut remonter au score, je n’y pense plus. C’est le seul moment de ma vie où mes objectifs professionnels disparaissent.
Une identité qui ne tient plus à un seul fil. On s’auto-évalue tous. Si tu n’as que le business, ta seule mesure, c’est ta performance dans ce domaine. Et si tu n’es pas au niveau que tu voudrais, tu vas te juger très sévèrement. Avec deux domaines, tout change. Rémy, ce n’est plus juste le business de Rémy. C’est aussi un joueur de padel qui a des ambitions.
Pilier 3 : la santé, physique et mentale
Je ne vais pas te faire la morale. Plus une chose est évidente, moins on la suit. Tout le monde sait que le sucre est mauvais. Tout le monde en mange.
Je te dis juste que je mets la santé à égalité avec le reste. Un quart. Et la santé, ce n’est pas que le corps : tes pensées, ton sommeil, c’est aussi de la santé.
Si tu es à bout physiquement, être bien dans ta tête devient très difficile. À l’inverse, tu peux aller mal mentalement avec un corps qui va bien. Mais seulement à court terme : le stress génère des hormones, le cortisol, qui finissent par créer des problèmes physiques. Un cercle vicieux.
Le plus dur, c’est la discipline. Tu as tout donné dans ton tournoi, tu as perdu, et le soir même, difficile de te dire : « Bon, je mange un riz nature. » Beaucoup vont se réconforter avec une pizza. Je n’y arrive pas tout le temps. Mais j’essaie.
Concrètement, j’ai accepté de prendre beaucoup plus de temps pour le sport et le repos. Si je me lève et que c’est poussif, je ne bosse pas : je ne ferais que retarder l’inévitable. Et tous les matins, je prends du temps pour réfléchir, lire, me former.
Avant, je pensais que plus c’était dur et stressant, mieux je faisais les choses. Je ne le pense plus.
Le business est un jeu infini
Le problème, ce n’est pas qu’on oublie de faire du sport ou de bien manger. C’est qu’on a l’impression de ne pas avoir le temps.
Parce qu’un business, c’est un jeu infini. La liste des tâches ne s’arrête jamais. Je pourrais bosser sans dormir pendant les 10, 15, 20 prochaines années, il n’y aurait pas de fin.
Un match de padel, c’est un jeu fini. Un nombre de points, un gagnant, un perdant, point final.
Alors à un moment, c’est un choix : je mets stop. Et le padel m’aide énormément, parce qu’on joue à plusieurs. Tu as rendez-vous, tu n’as pas le choix. J’arrête, je vais jouer, et ça me coupe vraiment.
Pilier 4 : les gens
À une époque, je ne voyais plus personne. Un restaurant le soir, c’était une dette pour le lendemain.
Aujourd’hui, j’y consacre aussi un quart : des soirées, des repas, des amis, des voyages. Et le padel mélange tout : du sport, de la compétition, et mes potes.
Samedi dernier, on a passé toute la journée au tournoi, une petite dizaine d’amis. On s’est bien marrés. Avec mon partenaire, on s’est fait battre à plate couture. Il y a quelques années, j’aurais regretté cette journée, en pensant à tout ce que je n’avais pas avancé. Aujourd’hui, c’est elle qui me donne l’énergie d’avancer.
C’est ça, le cercle vertueux.
Pourquoi « bosser dur, puis profiter » ne marche pas
Longtemps, j’ai cru aux phases. Un peu le mouvement FIRE : je bosse à fond, ensuite je ne fais plus rien et je profite.
Ce n’est pas comme ça que ça marche. Le jour où tu profiteras, tu vas t’ennuyer. Les gens autour de toi travailleront, et tu auras de nouveau envie de bosser. Un humain qui ne travaille pas, c’est un humain qui déprime.
Certaines choses, il faut les vivre pour les comprendre. Moi, j’ai dû trop bosser pour comprendre qu’il n’y avait pas que ça.
Ce que je retiens
1. Un quart pour le business, et paradoxalement plus de résultats. Avec un quart de mon énergie, je vais être tellement concentré sur les bonnes choses que je vais faire plus avec moins de temps. Et durer plus longtemps : si tu perds ta santé, c’est la fin du game.
2. Ton business sert les trois autres piliers. C’est en partie pour avoir une vie sociale, faire du sport et être en bonne santé que tu fais du business. Sans eux, il n’a pas de sens.
3. Rééquilibre en permanence. Sans t’en rendre compte, tout se décale. Personne n’est parfait, les pourcentages vont bouger. L’idée, c’est de prendre du recul et de revenir, encore et encore, à l’équilibre.
Business, sport, santé, relations. Pas pour une phase de ta vie.
Pour toute ta vie.
Je parle plus en détail de ce sujet en vidéo, tu peux la retrouver ici :
- Rémy




