Il y a un sujet dont on parle peu et qui fait pourtant partie de la vie de tout entrepreneur : le deuil. Pas celui d’une personne, mais celui d’un projet. Ce moment où tu as mis beaucoup d’efforts, beaucoup de travail, et surtout beaucoup d’espoir dans quelque chose, et où tu dois te rendre à l’évidence : ça ne marche pas, il faut arrêter.
Entreprendre, c’est un peu avoir dix projets, dont peut-être un qui marche et neuf qui ne fonctionnent pas. Donc ce deuil, tu le vivras, forcément. Moi-même, je le vis régulièrement. Et je sais vraiment de quoi je parle. Alors parlons-en franchement.
Pourquoi c’est si dur : ça touche à ton identité
Faire le deuil d’un projet n’est pas simple, parce que ça implique bien plus qu’un échec commercial. Ça touche à ton identité, à la perception que tu as de toi-même.
Tu vas te dire que tu n’as pas réussi. Et donc, qu’est-ce qui te prouve que tu réussiras le prochain ? Ce doute revient même quand tu as déjà réussi d’autres choses avant. Tu te demandes : « est-ce que j’en suis encore capable ? Et si, cette fois, c’était différent ? Et si le monde avait changé ? » Ça arrive tout le temps.
Et le deuil est parfois encore plus lourd parce que l’espoir, tu ne l’as pas porté seul. Tu en as transmis à ton équipe, à ta famille, à tes amis. Alors quand il faut renoncer, tu as l’impression de les avoir déçus, de ne pas avoir tenu ton engagement. Ce sont des moments difficiles, mais ce sont aussi des moments qui construisent. L’étape clé, c’est l’acceptation : accepter que ce projet n’ira jamais au bout, que c’est terminé, que la vision que tu avais n’était pas la bonne.
Ce que mon père m’a dit après la mort de mon chien
Je veux te partager quelque chose de personnel. Il y a deux ans, l’un de mes chiens est mort. J’en ai parlé à mon père, et il m’a dit une chose qui s’applique à bien plus que ce deuil-là.
Il m’a demandé : est-ce que, pour éviter la douleur de le perdre aujourd’hui, tu aurais voulu renoncer à toutes les années passées avec lui, à tous ces moments vécus ensemble ? Évidemment non. Personne n’accepterait ce marché : ne plus souffrir, mais effacer tous les souvenirs. On préfère mille fois la douleur de la perte, et garder tout ce qu’on a vécu.
Et c’est exactement pareil pour un entrepreneur. N’importe qui ayant galéré, développé un business, puis vu un projet échouer te le dira : « pour rien au monde je n’aurais voulu faire autrement. » Parce que sur le long terme, chaque chose en amène une autre. Un projet qui a complètement échoué t’a appris une compétence. Cette compétence t’a servi pour un autre projet, qui a lui aussi échoué, mais qui t’a fait rencontrer une personne. Et à la fin, tu lances un troisième projet dans lequel tu avais besoin, justement, de cette compétence et de cette personne. Tu ne peux rien anticiper de tout ça. Le travail crée le hasard, crée la chance.
Ceux qui ne tentent rien, par peur du deuil
J’en parlais justement avec un ami qui travaille dans le bâtiment, un monde très loin du mien. Je lui ai demandé comment il était arrivé là. Son histoire est pleine de hasards : il avait demandé une augmentation, on la lui avait refusée sèchement, et pile à ce moment-là, quelqu’un lui a proposé un job dans le bâtiment. Vexé, il a accepté. Il y est resté deux ans, a compris comment le secteur fonctionnait, puis a lancé son propre business et s’est expatrié. Trois coïncidences enchaînées, impossibles à prévoir.
Et c’est là qu’est le vrai message. Beaucoup de gens ne tentent jamais rien, précisément parce qu’ils n’ont pas envie de vivre ce deuil. Ils ne veulent pas affronter l’échec, l’acceptation, la douleur d’arrêter. Et comme ils ne veulent pas de ça, ils ne font jamais rien. Ils se privent de la douleur, mais aussi de toutes les opportunités qui pouvaient en découler.
Le deuil fait partie du métier. Ce n’est pas facile, mais il ne faut pas chercher à l’éviter. Parce que si tu ne t’arrêtes jamais, tu finiras par atteindre ton objectif, tôt ou tard. Jamais de la façon dont tu l’avais imaginé, ça c’est certain. Mais tu y arriveras, à condition d’accepter de vivre les deuils qui jalonnent le chemin.
Alors dis-moi en commentaire, et ça m’intéresse vraiment : tu as déjà dû faire le deuil d’un projet dans lequel tu avais mis beaucoup d’espoir ? Comment tu l’as vécu, et qu’est-ce que ça t’a apporté par la suite ? Raconte-moi.
Je parle de tout ça dans un épisode. Si ce sujet te touche, tu le retrouves ici :
- Rémy



