Le vrai regard des expatriés sur la France, et pourquoi ils ne reviendront peut-être jamais
Pour ceux qui pensent que les Français de l'étranger crachent sur leur pays
J’ai regardé la vidéo de Cédric Annicette dans laquelle il dit qu’il ne retournera jamais vivre en France. Et cette vidéo m’a particulièrement touché parce que Cédric, c’est celui qui m’avait donné envie de venir à Maurice à la base. C’est en regardant ses vidéos que j’ai découvert cette île et que j’ai fini par m’y installer.
Ce qui m’a surpris, c’est que Cédric avait toujours dit dans ses vidéos précédentes qu’il reviendrait un jour en France. C’était sa conviction. Et moi, quand je suis parti, j’avais exactement la même. Je me disais “Je pars, je vis quelque chose, et un jour je reviens.”
Mais plus le temps passe, plus on regarde la situation de loin, et plus cette conviction s’effrite. Pas par désamour. Au contraire. La France, pour nous expatriés, ça reste le plus beau pays du monde. Je connais pas un seul expat français qui dirait le contraire. On est des Français avant tout. Mais entre l’amour qu’on a pour son pays et la réalité de ce qu’on vit à l’étranger, il y a un fossé qui se creuse chaque année un peu plus.
Je voulais faire cet article pour vous donner le vrai point de vue d’un expatrié. Pas celui des médias. Pas celui des commentaires haineux sur les réseaux. Le vrai. Celui qu’on se partage entre nous, à Maurice, à Dubaï, en Thaïlande, entre entrepreneurs qui ont fait ce choix difficile de quitter leur pays.
Quitter son pays, c’est pas un acte de facilité, c’est l’un des sacrifices les plus durs que j’ai faits
Il y a un truc que les gens qui n’ont jamais quitté leur pays ne comprennent pas. S’expatrier, c’est pas comme déménager dans une autre ville. Quand tu changes de maison, tu as peut-être un pincement au cœur. Quand tu quittes ton pays, tu quittes des racines. Des habitudes. Des traditions. Une architecture qui fait partie de ton quotidien depuis toujours. Tu quittes la possibilité de voir ta famille quand tu veux.
Mon frère est devenu papa récemment. Je suis devenu tonton pour la quatrième fois. Mais je n’étais pas là pour la naissance. C’est le genre de moment que tu rates quand tu vis à 10 000 km. Et ça fait mal. Les anniversaires que tu manques, les Noëls, les moments simples du dimanche en famille. Tout ça, tu le sacrifies.
Donc non, c’est pas le truc de facilité que certains imaginent. Si vous pensez que c’est facile, faites-le et vous verrez bien.
Pour quitter son pays, il faut d’abord être en mesure de subvenir à ses besoins ailleurs. Donc créer une activité, un business, quelque chose qui te permet de vivre. Et ensuite, il faut le courage de tout laisser derrière. La famille, les amis, le confort de ce que tu connais depuis toujours.
Si on le fait, c’est parce que la balance penche. D’un côté, ce qu’on quitte. De l’autre, ce qu’on gagne. Et ce qu’on gagne, ce n’est pas que de la fiscalité. C’est un cadre de vie, une sécurité, un environnement qui encourage l’entrepreneuriat, une communauté de gens qui pensent comme nous.
Et une fois que tu as fait ce sacrifice, une fois que tu es installé dans un endroit comme Maurice, avec la piscine derrière toi, le soleil en hiver, la sécurité au quotidien, c’est devenu très, très dur de regarder en arrière et de te dire “Je quitterais tout ça pour revenir.”
Ce que les expatriés pensent vraiment de la France, et ce que ça dit sur l’avenir de l’entrepreneuriat en Europe
Il y a un malentendu profond que je voudrais corriger. Les gens pensent que les expatriés sont là à pointer du doigt, à cracher sur la France, à dire “Regardez les bolos qui sont restés.” C’est l’exact opposé.
Cédric le dit parfaitement : ce qu’on ressent, ce n’est pas de la moquerie. C’est de la frustration. Et une sensation de gâchis. Parce que la France, c’est un pays incroyable. Une culture incroyable. Une gastronomie que le monde entier nous envie. Un patrimoine, une histoire, une richesse humaine qui sont uniques. Et on regarde tout ça se dégrader de loin avec un sentiment d’impuissance.
Si la France était à notre image, pro entrepreneur, pro succès, sécurisée, bien sûr qu’on y retournerait. Sans hésiter. Tous les expatriés sont d’accord sur ce point. On est tous partis avec l’idée qu’on reviendrait “quand ça se calmerait.” C’est le fantasme de chaque expat : partir le temps que ça s’arrange, puis revenir. Sauf que ça ne s’arrange pas. Et ce fantasme s’éloigne un peu plus chaque année.
Ce qui change de plus en plus, c’est la raison pour laquelle les gens s’expatrient. Avant, c’était surtout la fiscalité. “Il part pour payer moins d’impôts.” Et c’est vrai, la France est le pays le plus taxé au monde, donc mécaniquement, n’importe quel autre pays est un “paradis fiscal” en comparaison. Mais maintenant, de plus en plus de gens me disent que la raison première, c’est la sécurité.
Pas plus tard qu’il y a deux jours, on était à un tournoi de paddle avec des amis. Un gars à côté de nous oublie son téléphone sur un banc. Il part, revient 30 ou 40 minutes plus tard, le téléphone est toujours là. Personne n’y a touché. C’est comme ça à Maurice. Il n’y a pas de vol, pas de violence gratuite, pas de sentiment d’insécurité quand tu sors le soir.
Et quand tu mets tes enfants à l’école ici, ils sont tranquilles. Tu ne te demandes pas si quelqu’un va les agresser à la sortie. Tu ne te demandes pas si le quartier est sûr. C’est un luxe que beaucoup de Français ne connaissent plus.
Il y a aussi un aspect que personne ne mentionne et qui est pourtant fondamental : la communauté. Quand tu es entrepreneur en France, dans une ville de 40 000 habitants, tu es seul. Tout le monde autour de toi bosse de 8h à 19h. Tu veux aller déjeuner avec un pote à midi ? Personne n’est dispo. Tu veux parler business un mardi après-midi ? Personne ne comprend ce que tu fais.
À Maurice, tous mes potes sont entrepreneurs. Tous sont libres. Tu envoies un message à 11h : “Tu es dispo à midi ?” La réponse est oui. Tu veux faire un mastermind le mercredi matin ? Tout le monde est là. Tu as besoin de brainstormer sur un projet ? Tu appelles un ami qui comprend exactement ce que tu vis.
Et c’est un cercle qui s’auto-renforce. Plus les entrepreneurs partent, plus d’autres entrepreneurs veulent partir. Parce qu’à l’étranger, ils retrouvent une communauté qui leur ressemble. Et en France, ils sont de plus en plus isolés. J’ai vu des entrepreneurs faire deux ou trois allers-retours par an entre la France et Dubaï juste pour rencontrer des gens. Et à un moment, ils se disent “Soit je continue les allers-retours, soit je m’installe là-bas.” Le choix est vite fait.
Les 4 réflexions que chaque expatrié se fait et que vous devriez vous poser aussi, que vous soyez parti ou resté
Réflexion 1 : quand tu arrives dans un pays qui n’est pas le tien, tu t’adaptes, point final
C’est un principe que j’applique depuis le premier jour à Maurice et que tous mes amis expatriés appliquent aussi. Quand tu es dans un pays qui n’est pas le tien, tu respectes. Tu respectes la culture, les règles, les gens. Tu ne viens pas imposer ta loi, tes habitudes, ta façon de vivre.
Moi, à Maurice, je me verrais jamais m’embrouiller avec un Mauricien, ne pas respecter la loi mauricienne, me comporter comme si j’étais chez moi. Je ne suis pas chez moi. Je m’adapte. Et parfois même, je m’écrase, parce que c’est pas mon pays et que c’est normal de fermer sa bouche quand on est invité quelque part.
C’est cette maturité que l’expatriation donne. Et c’est pour ça que quand on voit des gens qui viennent dans un pays et qui n’en ont rien à faire des règles, qui cassent, qui imposent leur loi, ça nous est insupportable. Parce que nous, on fait l’exact inverse tous les jours.
Réflexion 2 : être français, c’est quelque chose dont on est fier, même à 10 000 km
Je le vois dans la façon dont les expatriés parlent de la France entre eux. Il y a une fierté profonde, sincère, qui ne s’éteint pas avec la distance. La gastronomie, la culture, l’histoire, l’architecture, les paysages. La France reste le plus beau pays du monde pour la quasi-totalité des expats que je connais.
Ce qui nous frustre, c’est le gâchis. C’est de voir un pays avec un potentiel aussi énorme qui ne va pas dans la bonne direction. Et ce qui nous attriste, c’est de réaliser que le retour, qu’on avait tous imaginé comme une évidence, devient de moins en moins réaliste.
Réflexion 3 : la sécurité est devenue la raison numéro un de l’expatriation, pas la fiscalité
Ce changement est récent mais massif. Les entrepreneurs que je vois arriver à Maurice tous les mois ne parlent plus en premier de fiscalité. Ils parlent de sécurité. Ils parlent de vouloir élever leurs enfants dans un environnement sain. Les mecs dans les cryptos qui ont peur de se faire enlever en France. Les familles qui veulent des écoles tranquilles. La sécurité est devenue un facteur plus important que les impôts, et ça en dit long sur l’état de la situation.
Réflexion 4 : on ne crache pas sur ceux qui restent, on est compatissant
Ce n’est ni de la moquerie ni du mépris. C’est de la compassion. Je connais des entrepreneurs qui rêvent de partir mais qui ne peuvent pas. À cause de problèmes de santé dans leur famille, à cause de situations de couple compliquées, à cause de la garde de leurs enfants. Être bloqué avec l’envie de bouger, ça doit être l’un des sentiments les plus frustrants qui existe. Et on est solidaires avec ces gens-là. On veut les aider, pas les juger.
Il y a une vraie fraternité entre expatriés que les gens ne soupçonnent pas. Quand quelqu’un arrive à Maurice avec un projet d’installation, tout le monde se mobilise. “Viens, tu vas voir, c’est génial ici.” On veut que les gens viennent. On veut créer cette communauté. Pas par élitisme, mais par besoin d’être entouré de gens qui nous comprennent.
Ce que je retiens de tout ça, c’est que la question n’est pas “Faut-il s’expatrier ?” La question est “Quel environnement vous permet de vivre la vie que vous voulez ?” Si la France vous offre ça, restez et battez-vous pour elle. Si ce n’est plus le cas, ayez le courage de regarder ce qui existe ailleurs. Pas pour fuir. Pour vivre.
Je parle plus en détail de ce sujet en vidéo, tu peux la retrouver ici :
- Rémy



