Il y a quelques semaines, une personne de mon entourage m’a menti. Peu importe le sujet. Dans mes valeurs, mentir c’est grave, très grave. Si tu me mens, tu sors de mon cercle. Mes clients le savent, je suis à cheval sur l’éthique dans tout ce que je fais.
Mais il y a une valeur qui passe encore au-dessus du mensonge dans ma hiérarchie personnelle. L’esprit critique.
Et cette histoire m’a servi de déclic pour te parler d’un sujet que je trouve essentiel, presque plus important que tout le reste : ta capacité à te remettre en question, en permanence, sur tout.
Pourquoi l’esprit critique évite de devenir un vieux con
Tu connais ce genre de personne qui a toujours raison. Qui ne change jamais d’avis. Qui reste bloquée dans sa vision du monde depuis quinze ans parce que, au fond, se remettre en question lui fait trop peur. On appelle ça, familièrement, devenir un vieux con. Et ce n’est pas une question d’âge. J’ai vu des gens de vingt-cinq ans déjà enfermés dans cette posture.
L’esprit critique, c’est l’inverse exact. C’est challenger en permanence tes certitudes, tes réactions, tes premières impressions. Pas pour douter de tout au point de ne plus rien décider, mais pour rester capable d’évoluer.
Quand j’ai découvert ce mensonge dont je te parlais, la réaction “normale” aurait été de dire : “C’est inadmissible, tu te rends pas compte, ça se fait pas.” Juger. Critiquer. Fermer la porte immédiatement.
Une personne avec un esprit critique ne fait pas ça en premier réflexe. Elle se demande d’abord : pourquoi cette personne a fait ça ? Qu’est-ce qui, dans son parcours, dans sa tête, a mené à ce choix ?
C’est là que ça devient intéressant, et exigeant.
Se mettre à la place de l’autre : ce n’est pas ce que tu crois
On dit souvent “mets-toi à sa place” comme une formule toute faite. Mais littéralement, se mettre à la place de quelqu’un, ce n’est pas se projeter soi-même dans sa situation. Ce n’est pas imaginer ce que TOI tu aurais fait, avec TES valeurs, TON éducation, TON vécu. C’est beaucoup plus dur que ça.
C’est réussir à penser différemment. À adopter, l’espace d’un instant, une grille de lecture qui n’est pas la tienne.
J’avais vu passer une idée qui illustre bien ce mécanisme, même si l’exemple est extrême et je le prends avec toutes les précautions nécessaires : si tu étais né à la même époque, dans la même famille, avec le même vécu qu’un dictateur parmi les pires de l’Histoire, aurais-tu fini par penser comme lui ? La question n’est pas de justifier quoi que ce soit, l’Histoire a tranché depuis longtemps sur ce qui est admissible ou non. La question est de comprendre que des trajectoires de vie radicalement différentes produisent des façons de penser radicalement différentes. Comprendre n’est pas excuser. Mais sans comprendre, tu ne progresses jamais dans une relation.
Regarde la politique aujourd’hui. Il n’y a plus de débat, seulement des clashs. Chacun impose son point de vue sans écouter l’autre. L’objectif n’est plus de trouver un terrain d’entente, c’est de sortir la meilleure punchline pour écraser celui d’en face. Personne ne cherche vraiment à comprendre pourquoi quelqu’un de bord opposé pense ce qu’il pense, quel parcours l’a mené là. Et c’est exactement ce mécanisme, à petite échelle, qui pourrit des relations personnelles et professionnelles tous les jours.
Action concrète : la prochaine fois que quelqu’un te déçoit ou te contrarie, avant de réagir, pose-toi une seule question : “Qu’est-ce qui, dans SON parcours à elle ou lui, explique ce comportement, même si je ne le partage pas ?” Tu n’es pas obligé d’être d’accord. Tu es juste obligé de chercher à comprendre avant de juger.
L’autocritique : le seul vrai moteur de progrès
Se mettre à la place de l’autre, c’est la première étape. Mais l’esprit critique va plus loin. Il t’inclut, toi, dans l’équation.
Face à ce mensonge, ma deuxième réaction a été de me demander : est-ce que, d’une certaine façon, je n’y suis pas pour quelque chose ? Est-ce que j’ai mal interprété la situation ? Est-ce que je suis en train de psychoter avant même d’avoir une preuve ? Est-ce que je ne suis pas simplement en train de me faire des films ?
C’est extrêmement difficile d’accepter qu’on est peut-être soi-même le problème, alors même que tout semble indiquer que la faute vient de l’extérieur. Ça demande de mettre son ego de côté. De s’observer de l’extérieur, avec ses défauts, ses faiblesses, sans complaisance.
Mais c’est la seule voie qui existe pour progresser vraiment. Si tu n’as pas conscience de tes propres limites, de ce sur quoi tu n’es pas bon, tu ne peux tout simplement pas t’améliorer. Tu vas toujours te dire “je suis le meilleur dans ce domaine”, et donc il n’y a rien à corriger. C’est un mur.
L’esprit critique, c’est accepter que tu as des défauts. Que, parfois, ce qui t’arrive dans la vie est peut-être de ta responsabilité, au moins en partie. Pas systématiquement. Mais souvent plus que ce que ton ego veut bien admettre.
Action concrète : la prochaine fois qu’un conflit éclate, écris noir sur blanc trois choses que tu aurais pu faire différemment, même si sur le moment tu es persuadé à 100 % que l’autre a tort. Cet exercice seul suffit à débloquer des situations qui semblaient figées.
La technique des trois points de vue
Voici l’outil concret que j’utilise à chaque fois que je suis face à un conflit, que ce soit dans ma vie personnelle, avec un membre de mon équipe ou avec un associé. J’essaie systématiquement d’observer la situation depuis trois angles différents.
Premier point de vue : le mien. Ma perception, à la première personne, avec mes émotions et mes valeurs.
Deuxième point de vue : celui de l’autre. Je me mets réellement à sa place, avec sa logique à elle ou lui, pas la mienne plaquée sur sa situation.
Troisième point de vue : l’omniscient. L’omniscience au sens strict n’existe pas pour un humain, seule une entité comme Dieu pourrait tout savoir en tout temps. Mais l’idée, c’est de viser une position la plus proche possible de ça : observer la scène du dessus, comme une troisième personne totalement neutre, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, qui n’a pas d’avis préconçu, et qui regarde froidement ce qui se passe.
En croisant ces trois points de vue, il arrive parfois que je confirme mon hypothèse de départ : les faits sont là, je ne peux pas défendre l’autre personne. D’autres fois, mon hypothèse se nuance. Et d’autres fois encore, je me rends compte qu’elle était carrément fausse, que c’est moi qui avais tort.
C’est cette méthode, je pense sincèrement, qui est la clé pour des relations qui durent. Parce que les relations sont partout : dans ton couple, dans ta famille, et aussi dans ton business.
Pourquoi ça change tout dans ta relation aux clients
Si tu veux être libre dans ta vie professionnelle, la règle est simple : soit tu as un patron, soit tu as des clients. Et dans les deux cas, tu as de l’humain en face de toi. Et qui dit humain dit ego, et qui dit ego dit, tôt ou tard, conflit.
Avoir des clients, c’est donc avant tout savoir gérer une relation humaine. Savoir désamorcer les tensions. Faire en sorte que tes clients t’apprécient et te respectent.
Chez moi, il y a une règle non négociable, que j’ai posée clairement avec mon équipe : on ne critique jamais un client, même dans son dos. Ça peut arriver, par réflexe, qu’un membre de l’équipe lâche un “elle me saoule celle-là” après un échange difficile. Je ne laisse jamais passer ça. Parce qu’à partir du moment où tu commences à juger un client en coulisses, toute la relation avec lui en est affectée, même s’il ne le sait jamais. Ton état d’esprit change, et ça se ressent, forcément, d’une manière ou d’une autre.
Un client qui galère avec ton produit, ce n’est pas “juste” un client qui galère. Mets-toi à sa place. Pourquoi il galère ? Peut-être que ton produit, ton process, ton accompagnement, ont une vraie faille. Tu n’es peut-être pas parfait. Si tu observes la situation objectivement, avec le troisième point de vue, celui de la personne neutre qui regarde la scène du dessus, est-ce que c’est vraiment, uniquement, la faute du client ?
Et voici ce que j’ai fini par comprendre au fil des années : un client qui se plaint ne veut, au fond, qu’une seule chose. De la reconnaissance. Il veut qu’on lui dise “tu as raison, on a fauté, on va arranger ça”. C’est tout. Un client qui t’a déjà fait confiance, qui est déjà chez toi, n’a pas franchement envie d’aller voir ailleurs. Redémarrer de zéro avec une autre entreprise, refaire des appels, recommencer une relation, c’est lourd et personne n’en a vraiment envie. Ce qu’il veut, c’est que tu lui montres que tu es prêt à faire des efforts pour lui. C’est ça, et rien d’autre.
Action concrète : face à un client mécontent, résiste à l’envie de te justifier en premier. Commence par : “Je comprends, et je veux comprendre pourquoi tu ressens ça.” Reconnais ta part de responsabilité avant même de chercher qui a “raison”. Tu verras la tension retomber presque instantanément.
L’esprit critique, c’est l’esprit des gens qui avancent
À force de sortir de tes certitudes, de sortir de ton propre univers de pensée, tu découvres des façons de voir les choses que tu n’aurais jamais explorées en restant enfermé dans ton point de vue. C’est ce qui rend une vie riche, intellectuellement et humainement.
L’esprit critique n’est pas un signe de faiblesse. C’est l’inverse. C’est l’esprit des gens ouverts, des gens qui progressent, des gens qui construisent des relations qui durent, en affaires comme dans leur vie personnelle.
Alors, pose-toi vraiment la question, honnêtement : est-ce que tu as un esprit critique ? Si tu demandais autour de toi, à tes proches, à ton équipe, à tes clients, qu’est-ce qu’ils répondraient ?
Je parle de ce sujet plus en détail en vidéo, tu peux la retrouver ici :
- Rémy




