"L'IA, c'est un génie mythomane amnésique"
Comment l'utiliser sans se faire avoir : le regard de deux développeurs qui l'utilisent vraiment
Il y a une expression que m’a partagé un ami entrepreneur tech à Maurice et qui résume parfaitement l’état actuel de l’IA.
“C’est un génie. Un génie mythomane. Et amnésique.”
Cette phrase, je l’ai entendu lors d’une conversation avec deux développeurs que je connais, Kevin et Johan, deux gars qui utilisent Claude Code depuis ses débuts, qui ont construit des SaaS dessus, et qui ont une vision lucide de ce que l’IA peut faire réellement versus ce que les influenceurs te font croire qu’elle peut faire.
Et franchement, cette image du génie mythomane amnésique est la meilleure description que j’aie jamais entendue.
L’IA est extraordinairement capable. Elle peut écrire du code, analyser des documents, générer du contenu, résoudre des problèmes complexes à une vitesse qui dépasse largement ce qu’un humain peut faire seul. Sur ce point, personne ne peut le nier.
Mais elle invente aussi des choses qui n’existent pas. Elle te dit que c’est bon alors que c’est cassé. Et à chaque nouvelle conversation, elle repart de zéro, sans mémoire de ce qui a été fait avant.
La question n’est pas de savoir si l’IA est puissante. Elle l’est. La question, c’est : comment l’utiliser sans tomber dans ses pièges ? Et surtout : comment éviter de faire partie des 95% de gens qui l’utilisent à l’envers ?
Pourquoi l’IA peut te rendre moins bon si tu ne fais pas attention
Voilà quelque chose qu’on n’entend jamais dans les vidéos hype sur l’IA.
Pour les développeurs, l’IA peut être un accélérateur extraordinaire. Mais pour les débutants qui l’utilisent pour coder sans comprendre ce qu’ils font, elle peut être un décélérateur. Parce qu’ils passent leur temps à corriger des erreurs qu’ils ne comprennent pas, à suivre aveuglément des solutions qui ne correspondent pas à leur problème, à produire du code fonctionnel mais fragile.
Et ce principe dépasse le code. Si tu utilises l’IA pour faire du copywriting sans comprendre ce qu’est un bon copywriting, tu vas produire du texte qui a l’air bien mais qui ne convertit pas. Et tu ne sauras même pas pourquoi.
L’IA ne te rendra pas bon dans un domaine que tu ne maîtrises pas. Elle va décaler le problème d’un cran.
Ce qui fait la différence entre quelqu’un qui tire vraiment parti de l’IA et quelqu’un qui se crée l’illusion de progresser, c’est la compréhension de ce qu’on lui demande de faire. Tu dois être capable d’évaluer si le résultat est bon ou mauvais. Si tu ne peux pas faire ça, tu n’es pas en position d’utiliser l’IA de façon productive.
La bonne nouvelle : ça s’apprend. Et l’IA peut t’aider à apprendre.
Mais il y a un ordre. D’abord la compétence de base. Ensuite l’accélération par l’IA. Pas l’inverse.
La méthode pour utiliser l’IA comme un vrai amplificateur
Étape 1 - Avoir une vision avant tout
L’IA ne prend pas de décisions. Elle exécute. Si tu ne sais pas précisément ce que tu veux, l’IA va partir dans tous les sens et te produire des choses que tu n’as pas demandées.
Avant de donner une instruction à l’IA, passe du temps à formuler précisément ce que tu veux. Quel est l’objectif ? Quelles sont les contraintes ? Quel résultat considères-tu comme satisfaisant ?
Plus ta vision est claire, plus l’IA peut l’exécuter fidèlement.
Étape 2 - Exiger des preuves, pas des affirmations
Le problème classique avec les modèles d’IA : ils sont confiants même quand ils se trompent. “Oui, c’est bon, t’inquiète”, et en vrai, ça ne marche pas.
Il y a un hack simple pour contrer ça : à chaque fois que l’IA te dit que c’est bon, demande-lui de te prouver que c’est bon. “Montre-moi que ça fonctionne. Apporte la preuve.”
Face à elle-même, elle se rend souvent compte qu’elle est allée trop vite. “Ah, en fait, effectivement, j’ai fait une erreur.” Et elle corrige.
Cette habitude de vérification systématique te sauvera des heures de débogage.
Étape 3 - Utiliser les jeux de rôle pour challenger l’output
C’est une technique avancée mais extraordinairement efficace. Plutôt que de demander à l’IA de produire quelque chose et de valider elle-même, tu lui demandes de jouer un rôle antagoniste.
“Maintenant, tu vas jouer le rôle de quelqu’un qui essaie de trouver toutes les failles dans ce que tu viens de produire.” Ou : “Tu es un utilisateur malveillant qui essaie de trouver des erreurs dans ce code.”
L’IA prend son rôle très au sérieux. Et elle trouve des choses qu’elle n’aurait pas trouvées autrement.
Étape 4 - Préserver l’équilibre et ne pas devenir esclave de l’IA
Un des développeurs avec qui je parlais m’a dit quelque chose qui m’a marqué : il a passé un an enfermé dans son bureau à travailler sur son projet IA, au point de ne plus voir ses enfants grandir, de ne plus aller à la plage, de ne plus profiter de Maurice.
L’IA crée une boucle dopaminergique puissante. Tu lui donnes une instruction, elle te produit quelque chose, tu veux voir ce qui vient ensuite, et ainsi de suite. C’est addictif. Et ça peut devenir contre-productif si tu oublies pourquoi tu fais tout ça.
L’IA est un outil. Un outil extraordinaire. Mais à la fin, c’est toi qui décides ce qu’on construit, pour qui, et pourquoi.
J’ai tourné un épisode entier de mon podcast à cette discussion avec deux développeurs basés à Maurice, Kevin et Johan. On parle de Claude Code, du vibe coding, de qui va vraiment profiter de cette révolution IA, et de ce que ça signifie pour les non-développeurs.
Tu peux la voir ici :
- Rémy


