Pourquoi gagner beaucoup d'argent ne suffit plus
Pour les entrepreneurs qui sentent que l'argent seul ne fait plus rêver
Il y a quelques jours, j’ai reçu Théo dans mon bureau à l’île Maurice. Théo vit en France, il dirige une école de copywriting qui a fait 5,7 millions d’euros l’année dernière, il envisage de s’expatrier, et surtout, il s’est déjà questionné concernant les mêmes questions que je me suis posé il y a quelques mois.
Celle où on atteint les objectifs financiers qu’on s’était fixés, et où on se retrouve face à une question qu’on n’avait jamais vraiment affrontée :
et maintenant, pour quoi faire ?
Cette conversation m’a marqué parce qu’elle touchait un tabou dont presque personne ne parle dans le milieu de l’entrepreneuriat en ligne. Tout le monde parle de la croissance, du scaling, des méthodes pour passer de 10 000 à 100 000 € par mois. Très peu parlent de ce qui se passe après.
Personne ne vous prévient de la dépression silencieuse qui guette la plupart des entrepreneurs qui atteignent leurs rêves financiers. Voici le fait qui devrait vous interpeller.
Plusieurs de mes amis millionnaires m’ont confié avoir traversé exactement la même phase, généralement entre 1 et 5 millions de patrimoine accumulé. Une forme de creux émotionnel, parfois proche d’une dépression légère. Ce n’est pas une coïncidence. C’est le résultat logique d’une identité construite autour d’un objectif financier qui, une fois atteint, laisse un vide immense. Vous avez passé dix ans à rêver d’une somme précise. Vous l’obtenez. Et vous réalisez que ça n’a jamais été vraiment ça, l’objectif.
Dans cet article, je vais vous partager les grandes idées qui ont émergé de ma conversation avec Théo. Pourquoi la plupart des entrepreneurs finissent par se poser cette question du sens, même ceux qu’on imagine les plus durs à cuire.
Pourquoi Dubaï, Bali, Paris, Maurice produisent des profils d’entrepreneurs radicalement différents. Comment reconnaître le moment où votre premier pourquoi cesse de suffire. Et surtout, comment construire un nouveau pourquoi sans tomber dans le nihilisme ou le confort mou. Que vous soyez à 5 000 €, 50 000 € ou 500 000 € par mois, ces réflexions vous seront utiles à un moment ou un autre de votre parcours.
Le premier pourquoi ne dure jamais toute une vie
Quand on démarre en entrepreneuriat, on a tous un premier pourquoi. Pour certains, c’est la liberté financière. Pour d’autres, c’est la revanche sociale. Pour d’autres encore, c’est la possibilité d’aider sa famille, d’acheter la maison des parents, de ne plus jamais dépendre d’un patron. Peu importe la forme, ce premier pourquoi a une fonction essentielle : il vous met en mouvement. Il vous donne la force de vous lever le matin, de travailler les week-ends, d’accepter les sacrifices, de rater des soirées avec vos amis.
Le problème, c’est que ce premier pourquoi est par nature limité. Il va s’éteindre. Et il va s’éteindre précisément au moment où vous l’atteignez. C’est ce que disait Nekfeu: « J’ai tué tous mes rêves en les touchant. » Quand vous touchez votre rêve, il meurt. Ce n’est pas triste, c’est mécanique. Un désir satisfait cesse d’être un moteur.
Théo me racontait que pendant 10 ans, il avait pensé à devenir millionnaire. 10 ans pendant lesquels cet objectif l’avait drivé. Et quand il a vu que ça allait arriver, quand il a vu que son business de plusieurs millions par an allait concrètement l’amener à ce statut, il a eu une réaction que personne ne lui avait jamais décrite : une forme de dépression légère.
« J’avais toujours voulu devenir millionnaire. Là, je vais le devenir. Et je me suis dit : qu’est-ce que je fais de ma vie, en fait ? » C’est exactement la même chose que j’ai vécue quand mes objectifs initiaux ont tous été cochés : la liberté financière, l’expatriation à Maurice, un business qui tourne sans moi. Tout coché. Et ensuite ? Rien ne m’avait préparé à ce ensuite.
La réaction classique à ce vide, c’est de se mettre à courir après un chiffre plus grand. 10 millions. 100 millions. 1 milliard. Le problème, c’est que si votre seul moteur reste l’argent, vous entrez dans ce que les philosophes appellent le hedonic treadmill, ou « tapis roulant hédonique ». Vous courez de plus en plus vite pour ressentir une satisfaction de plus en plus courte. Vous ne vous arrêtez jamais, parce que le plaisir d’atteindre un seuil disparaît dès que ce seuil est franchi. Beaucoup d’entrepreneurs à Dubaï sont exactement dans cet état : ils font d’énormes chiffres mais ils sont profondément névrosés. L’argent est devenu un maître impitoyable qui ne leur laisse jamais de repos.
La vraie solution, c’est ce que j’appelle le double moteur. Vous continuez d’avoir des objectifs financiers, parce qu’ils créent de la direction et de la clarté. Mais vous y ajoutez un sens plus profond qui survit à l’atteinte de chaque palier. Théo m’a donné un exemple parlant. Son objectif est toujours de faire 1 million par mois. Mais cet objectif n’est plus là pour l’argent en soi. Il est là parce qu’il signifie un certain nombre d’élèves supplémentaires aidés chaque mois, une équipe qui grandit, des défis qui demandent à chacun de devenir une meilleure version de lui-même. L’argent devient un indicateur de l’impact, pas une fin en soi.
Pour beaucoup d’entrepreneurs, ce basculement passe par les relations. Pas les likes sur LinkedIn. Les vraies relations. Ceux qui ont traversé la phase de vide m’ont tous dit à peu près la même chose : au bout d’un moment, l’argent permet surtout d’offrir des expériences aux gens qu’on aime, de rassembler la famille, de créer des souvenirs communs. Mon grand-père utilise son argent pour organiser des événements de famille. Ce n’est pas anodin. C’est peut-être la forme la plus intelligente de dépense qu’on puisse imaginer une fois les besoins de base largement couverts.
Un autre basculement puissant, c’est celui qui consiste à aider les autres à réussir. Je peux vous le dire après avoir vécu les deux : réussir pour soi est une satisfaction à court terme. Faire réussir quelqu’un d’autre, surtout quand cette personne n’aurait pas réussi sans vous, c’est une satisfaction d’un tout autre niveau. Ceux qui aident leurs enfants, leur équipe, leurs clients à atteindre des résultats significatifs expérimentent un bonheur qui ne s’épuise pas de la même façon que le bonheur de l’accumulation.
Le moment « aha » dans notre conversation, c’est quand Théo a formulé ce qu’il appelle un vrai désir sans attachement. L’idée vient du bouddhisme, qui dit que le désir est la source de toute souffrance. Mais les deux cerveaux qui s’opposaient dans notre discussion ont fini par converger vers une nuance importante : ce n’est pas le désir qui cause la souffrance, c’est l’attachement au désir. Vous pouvez viser 1 million par mois sans que votre équilibre mental dépende de cet objectif. Vous pouvez désirer une belle maison sans que votre bonheur soit conditionné par son obtention. Le désir sans attachement, c’est la voie du milieu entre la névrose de l’accumulation et la passivité du nihilisme.
5 points d’ancrage pour construire un pourquoi qui dure
Voici cinq idées concrètes qui sont ressorties de notre conversation, et qui peuvent vous aider à construire un pourquoi plus solide et plus durable que celui de l’argent seul. Ces points ne sont pas des étapes linéaires. Ce sont des repères auxquels vous pouvez revenir régulièrement tout au long de votre parcours.
Repère 1 : Le sens naît du contact direct avec l’impact
Théo racontait que sa reconnexion au sens s’est faite quand il a recommencé à organiser des événements physiques pour ses élèves. Voir des gens pleurer en lui racontant que maintenant ils peuvent aller chercher leur fille à l’école, que leur vie a concrètement changé. Ce contact direct avec les résultats de votre travail est irremplaçable. Les chiffres dans un tableur ne produiront jamais la même émotion qu’un témoignage en face à face. Si vous sentez que vous décrochez du sens, forcez-vous à multiplier ces moments de contact direct avec les gens que vous aidez.
Repère 2 : L’environnement vous forme plus que vous ne le formez
J’ai défendu avec Théo une thèse provocante : Maurice est un meilleur environnement pour moi que Dubaï. Ce n’est pas absolu. Dubaï est un environnement fantastique pour quelqu’un qui veut être poussé par l’ambition pure, qui est stimulé par l’excellence, qui vient d’un milieu urbain très dense. Maurice est un environnement fantastique pour quelqu’un qui cherche l’équilibre, qui a besoin de nature pour fonctionner, qui veut conserver de la profondeur dans sa vie. Bali est plutôt pour ceux qui cherchent à ralentir franchement, au risque parfois de perdre leurs ambitions. Il n’y a pas de bon ou de mauvais lieu. Il y a le lieu qui correspond à qui vous êtes maintenant, pas à qui vous étiez il y a cinq ans. Prenez le temps de réévaluer régulièrement cet alignement.
Repère 3 : L’identité qui vous a fait démarrer n’est pas celle qui vous fera durer
C’est l’un des sujets les plus profonds qu’on ait abordés. Quand vous démarrez, vous avez besoin d’une identité dure, disciplinée, focalisée sur un seul objectif, souvent financier. Cette identité vous rend parfois froid, obsessionnel, monomaniaque. Elle vous permet de réussir la première étape. Mais elle devient ensuite un plafond. Pour continuer à évoluer, vous devrez la déconstruire, retrouver des émotions, accepter la nuance, réapprendre à ne pas culpabiliser d’être heureux. C’est une vraie renaissance. Beaucoup la ratent, et ils restent coincés dans une version d’eux-mêmes qui ne correspond plus à leur réalité.
Repère 4 : Les pauses sont un investissement, pas une perte
J’ai partagé avec Théo une habitude que je pratique quand je me sens perdu : m’isoler dans un Airbnb loin de tout pour plusieurs jours. Sans pression de produire, sans objectif. Juste pour me reposer les bonnes questions. Théo a validé par sa propre expérience : la seule façon de traverser ces phases, c’est de les accepter et de faire le vide. Marcher dans la forêt sans écouteurs. Prendre des poses dans le business. Sit avec l’inconfort sans essayer de le résoudre immédiatement. Ces pauses ne sont pas un luxe. Elles sont un investissement dans la clarté qui vous permettra de prendre les bonnes décisions pour les 10 prochaines années.
Repère 5 : Gardez vos amis et votre famille comme points fixes
Il existe un conseil toxique très répandu sur les réseaux sociaux : « Coupez vos anciens amis, ils vous tirent vers le bas. » C’est une catastrophe dans 95 % des cas. Oui, si votre environnement est littéralement destructeur, il faut en sortir. Mais dans l’immense majorité des cas, vos amis et votre famille sont exactement les points fixes qui vous empêchent de vous perdre. Théo racontait à quel point c’était important pour lui de pouvoir emmener ses potes à Tenerife et de payer la villa pour eux, parce que ces moments-là étaient le vrai sens de ses efforts. Vos vieux amis vous voient comme vous, pas comme votre chiffre d’affaires. C’est inestimable.
Repère 6 : Le padel (ou n’importe quelle autre pratique physique partagée) comme métaphore du business
Cette idée est venue à la fin de notre conversation et elle m’a beaucoup plu. À Maurice, beaucoup d’entrepreneurs jouent au padel. On se retrouve, on se met à fond, on s’insulte avec humour sur le terrain, et quand le match est fini, c’est fini. On revient le lendemain et on recommence. Le padel, c’est le business en condensé.
Vous vous donnez à fond pendant la partie, mais vous ne ramenez pas le score à la maison. Trouvez votre équivalent. Sport, musique, cuisine, peu importe. Une activité qui demande de l’engagement total pendant qu’elle dure et qui se termine quand elle se termine. C’est un antidote puissant à la tendance des entrepreneurs à transformer leur vie entière en une seule longue réunion qui ne se termine jamais.
Repère 7 : Accepter l’équilibre comme une marche, pas comme un état
Ma théorie sur l’équilibre, c’est qu’on ne l’atteint jamais vraiment. C’est une marche sur un fil, entre le noir et le blanc, comme le taijitu du yin et du yang.
Vous pouvez avoir une semaine parfaite, et la semaine suivante tout exploser pour une bonne raison (un ami qui vous appelle, un projet qui s’emballe). Ce n’est pas un échec. C’est la vie. Chercher un équilibre figé, mesurable et permanent, c’est la maladie des entrepreneurs. Accepter de marcher sur le fil, en ajustant en permanence, c’est la voie qui mène à une vie à la fois ambitieuse et vivable.
Si vous voulez voir la conversation complète avec Théo, avec tous les détails, les blagues, les désaccords et les moments où on ne savait plus qui pensait quoi, vous pouvez retrouver l’épisode complet ci-dessous :
- Rémy



