Il y a quelques semaines, Nassim a eu son meilleur ami au téléphone. Il est policier, en France.
Ils organisaient leur rassemblement annuel entre potes, et il lui demande comment se passe son business. Nassim lui répond honnêtement : « Ouais, j’avoue, là je travaille quand même beaucoup. » Il insiste : « Mais tu travailles vraiment beaucoup ? » « Ouais, franchement, pas mal. » « Mais du coup, tu gagnes bien ta vie ? » « Je suis pas à plaindre, franchement ça va. »
Et là, il lui renvoie la question. « Et toi, ça se passe comment ? »
Sa réponse l’a scié.
« Moi, franchement, j’ai même pas envie de gagner plus d’argent. Je suis vraiment bien. Je bosse trois jours, j’ai trois-quatre jours pour moi. Et quand je rentre chez moi, j’ai rien. J’ai pas mon travail encore en tête. »
Il a raccroché, et cette phrase a tourné dans sa tête pendant des jours. « J’ai rien en tête. » Lui, quand il ferme sa journée, il la ferme vraiment. Nous, on pense à notre business H24. Tout le temps.
Alors je vais te dire une chose que peu d’entrepreneurs osent dire, et qui va peut-être te soulager si tu te sens coupable d’être stressé alors que tout va bien.
Si tu veux scaler, tu ne peux pas être serein. La sérénité, c’est un luxe que l’ambition ne permet pas.
D’où vient vraiment l’angoisse (ce n’est pas ce que tu crois)
Le plus fou, c’est que cette angoisse n’a presque aucun rapport avec la réalité de tes chiffres.
Je vais te donner un exemple qui va te parler. Chaque début de mois, tu prends ton objectif de chiffre d’affaires, tu le divises mentalement par le nombre de jours, et au bout de 5, 10, 15 jours, tu paniques parce que « tu n’y es pas ». Sauf que depuis peut-être 10 ans, à la fin d’un mois, je suis toujours rentable. Toujours. Pas une seule exception. Et pourtant, le stress des 15 premiers jours revient à chaque fois, systématiquement.
Le stress n’est pas dans les chiffres. Il est dans ta tête.
Il y a une phrase attribuée à Jeff Bezos qui a éclairé tout ça pour moi : tu es angoissé par les choses que tu retardes. Quand tu es dans le travail, en train de faire ce que tu as à faire, tu n’es pas angoissé, tu es dans la maîtrise. C’est quand tu perds le contrôle, quand tu te laisses porter, que l’angoisse arrive.
Ça explique un truc dérangeant : pourquoi tant d’entrepreneurs deviennent accros au travail. Ce ne sont pas des machines. Ce sont des gens qui ont compris, inconsciemment, que travailler leur redonne un sentiment de contrôle qui apaise l’angoisse. Le travail devient une drogue anti-angoisse.
Et même quand tu résous un problème, ton cerveau en trouve un autre. C’est la loi de la taupinière. Ton business va bien ? Alors soudain tu t’inquiètes pour ta santé. Ta santé va bien ? C’est la famille. Il y a toujours un problème. L’humain, et l’entrepreneur encore plus, est une machine à fabriquer des problèmes dès qu’il n’en a plus.
Mais s’il y a un poison au-dessus des autres, c’est celui-là : l’incertitude du revenu. Beaucoup d’entrepreneurs ne sont pas épuisés par le travail. Ils sont épuisés parce qu’ils ne savent pas quelle sera leur prochaine source de revenu, ni si elle sera stable. Ça, ça ronge de l’intérieur.
Je vais être franc avec toi sur mon propre cas. J’ai toujours un sommeil de merde. Parfois il n’y a même pas de raison, je cogite, je cogite, et je ne dors pas. Attention, je ne dis pas que je fais des crises d’angoisse. Je dis que je réfléchis tout le temps, et que ça a un prix. Il y a une fatigue de l’entrepreneur qui n’est pas un burnout, mais qui est bien réelle.
Ce qu’on peut faire (parce qu’on n’est pas condamné)
Si on ne peut pas être totalement serein, on peut au moins arrêter de subir. Voici ce qui m’a aidé.
1. Choisis ton problème.
Il y a une nuance énorme entre le stress de survie (« est-ce que mon business va tenir ? ») et le stress de challenge (« est-ce que je vais atteindre cet objectif que je me suis fixé ? »). Le premier te subit. Le second, tu le choisis. Aujourd’hui, je ne suis plus dans la survie, je me challenge. Ce n’est pas moins de travail, mais c’est un tout autre rapport au stress. Identifie lequel des deux t’habite.
2. Reviens dans la maîtrise.
Quand l’angoisse monte, c’est souvent le signal que tu es en train de reporter quelque chose. La parade n’est pas de te reposer, c’est paradoxalement d’agir sur la chose précise que tu évites. L’action tue l’angoisse mieux que n’importe quelle méditation.
3. Retire un facteur de stress, un seul, mais pour de bon.
Moi, j’ai choisi d’éliminer l’incertitude du revenu. J’ai construit un modèle où je facture un gros budget fixe à une cliente premium, au lieu de courir après dix sources instables. Ironiquement, je suis devenu une sorte de « super salarié ». Est-ce que c’est 100% sûr ? Non, aucune sécurité ne l’est, ce client peut me dire stop du jour au lendemain. Mais j’ai retiré une source d’angoisse précise, et ça change la vie.
4. Structure ta vie autour, plutôt que d’attendre une paix qui ne viendra pas.
J’ai un plan concret pour la rentrée : travailler dans un espace séparé de chez moi, avec mes affaires de sport sur place pour enchaîner directement après. J’ai besoin de couper physiquement avec la maison. Le sport, pour moi, ce n’est pas une option, c’est un besoin primaire, je dois bouger. Ce sont ces rituels, pas une sérénité imaginaire, qui rendent la charge supportable.
Je vais te confier quelque chose. Si tu me demandes « est-ce que tu as vraiment envie d’être entrepreneur ? », ma réponse honnête est non. Si j’avais pu être serein en étant salarié, je l’aurais fait il y a longtemps. J’entreprends parce que c’est la seule option que je peux supporter, pas parce que c’est un long fleuve tranquille.
Et pourtant, aujourd’hui, je pense n’avoir jamais été aussi serein. Pas parce que l’angoisse a disparu, mais parce que j’ai arrêté de croire qu’elle devait disparaître. J’ai juste appris à choisir mes problèmes.
Alors dis-moi, franchement. Est-ce que tu t’autorises à ne pas être serein en permanence ? Ou est-ce que tu culpabilises, comme moi je culpabilisais, de ne pas être zen alors que « tout va bien » ? Je suis vraiment curieux de savoir comment tu vis ça, raconte-moi en commentaire.
On a eu cette conversation sans filtre, dans un épisode de podcast. On y parle de sérénité, d’angoisse, d’insomnie, de tout ce qu’on cache d’habitude. Si le sujet te touche et que tu veux entendre l’échange en entier, c’est ici :
- Rémy




